Beaucoup plus tard, alors qu’ils étaient enlacés et à moitié endormis, il réalisa que la force ne l’inquiétait plus. C’était la violence de ses sentiments pour elle qui l’angoissait... Le cerveau vide, la gorge sèche, il déglutit péniblement. Il avait le sentiment soudain que l’édifice vacillait sur des bases sapées, que la maison allait s’effondrer et l’engloutir sur l’autre versant où se profile le crime parfait : la destruction de toute illusion, la saturation par la réalité absolue. Il grimaça. Comment aurait-il pu oublier ? Il avait erré pendant des heures dans une dimension parallèle, victime d’une curieuse distorsion de l’espace-temps. Effondré, impuissant à associer deux idées cohérentes, il perçut au travers d’une ouate épaisse les explications fournies : c’est là que tout va mal, c’est comme si les cellules du coeur engendraient des cellules du foie. Toute distorsion des causes et des effets est de l’ordre du Mal.
Quand il se réveilla pour la deuxième fois, il était seul dans la chambre. Il se sentit dans une forme extraordinaire. Il sauta du lit : nausée et désorientation avaient disparu.